Archive | septembre, 2013

Chronique de mon ouvrage sur le maréchal de Villars et droit de réponse

9 Sep

Monsieur Marc Vigié, IA-IPR à l’académie de Versailles, a chroniqué mon Villars pour la revue Historiens et Géographes. Le compte rendu est extrêmement sévère. Je n’aurais pas réagi si les raisons motivant pareille chronique avaient été fondées. Seulement, il m’est impossible de ne pas réagir à un compte rendu truffé d’erreurs, dont le jugement lapidaire laisse à désirer quant à la compréhension de l’ouvrage.

Afin de vous laisser juges, je vous mets trois clichés de la chronique, aimablement fournis par un ami enseignant et historien :

h&g1

h&g2

h&g3

Ci-dessous, vous trouverez mon droit de réponse, envoyé tant à la rédaction de la revue Historiens & Géographes qu’à Monsieur Marc Vigié :

Monsieur Vigié,

Vous avez pris la peine de chroniquer mon Villars pour la revue Historiens & Géographes. C’est un effort qui aurait pu être louable si je n’avais pas à déplorer la légèreté de votre lecture, conclue par un jugement lapidaire. Je peux comprendre que vous déploriez le « classicisme » de la forme (c’est votre avis, que je respecte), mais une lecture attentive de mon ouvrage vous aurait évité l’emploi d’un adjectif aussi inopportun qu’« obsolète ».

Si je n’avais rien eu de nouveau à apporter sur Villars, je n’aurais pas écrit ce livre. Si vous aviez consulté les biographies précédentes de Villars (fort rares depuis 1857), vous en auriez pris conscience. Votre résumé de la vie de Villars met en évidence que vous avez curieusement négligé les apports de mon ouvrage.

Vous accordez beaucoup de crédit à la notice « Villars » du Dictionnaire du Grand Siècle, dont les informations sont pourtant grandement obsolètes (et là, c’est le cas de le dire). Vous affirmez que Villars devint maréchal de France en 1703, alors qu’il fut promu le 20 octobre 1702. J’ai compris que vous vous êtes appuyé sur l’ouvrage d’André Corvisier sur Malplaquet (Economica, 1997), car il commet cette erreur, ainsi que plusieurs autres. C’est pour cette raison que je ne l’ai pas mentionné en bibliographie, de même que l’ouvrage de Gérard Lesage sur la bataille de Denain (Economica, 1992). Ces livres ne disent rien de plus et sont inférieurs aux écrits du capitaine Maurice Sautai sur ces deux batailles, publiés en 1902 (La Manœuvre de Denain) et 1904 (La Bataille de Malplaquet, d’après les correspondants du duc du Maine) (l’érudition ne souffrira jamais d’obsolescence, contrairement à certaines modes et certains concepts historiographiques).

Vous négligez les aléas du début de la carrière de Villars, qui n’ont jamais été abordés dans les autres biographies, qui se sont cantonnées à l’animosité de Louvois (je vous renvoie aux pages 26 à 28 de mon livre).

Plus grave encore, vous faites l’impasse sur les faiblesses militaires de Villars pour rester attaché à une image d’Epinal. Ses faiblesses furent importantes en Dauphiné en 1708, de même qu’en Flandre de 1709 à 1712. Vous restez attaché au mythe de Malplaquet comme coup d’arrêt à l’invasion de la France et premier pas vers le redressement militaire de la situation en Flandre. Mais si cela avait été un véritable coup d’arrêt (avec un rôle discutable de Villars), Eugène et Marlborough auraient-ils autant percé la « ceinture de fer » entre 1710 et 1712 ?

Il ne faut pas non plus exagérer la part personnelle de Villars dans les réformes du Conseil de la Guerre. Pour cela, je vous renvoie à la notice « Villars » du Dictionnaire des Ministres de la Guerre 1570-1792 (Belin, 2007), sous la direction de Thierry Sarmant (et non Pierre ; c’est pourtant marqué sur le quatrième de couverture de mon Villars). On y constate que Villars fut bridé et que les réformes sont à porter à l’actif d’autres personnes, comme Claude Le Blanc (qui lui succéda comme secrétaire d’Etat de la Guerre et non « à la Guerre », comme vous le notez en citant mal la page 87 de mon livre). D’ailleurs, Villars fut envoyé un temps dans son gouvernement de Provence afin de l’éloigner des affaires de la Polysynodie.

Il ne faut pas non plus hypertrophier le rôle de Villars dans l’éducation militaire de Louis XV. Il ne fut pas un véritable mentor comme le fut Turenne auprès de Louis XIV durant la guerre de Dévolution.

Le fait que vous soyez passé à côté de la dimension pathétique du rôle de Villars en Italie en 1733-1734, ainsi que le fait que vous n’ayez pas perçu l’étude critique des Mémoires du maréchal (que les autres biographes n’ont que peu ou pas faite) laisse penser que vous vous êtes empêtré dans des idées reçues sur ce personnage voire sur l’histoire militaire de la France moderne.

Vous véhiculez de surcroît des erreurs sur la charge de maréchal général des camps et armées du roi, que j’ai corrigées dans mon Villars (p. 165-167), ainsi que dans ma thèse, publiée par la DMPA et les éditions Nouveau Monde en 2012 (Histoire des maréchaux de France, notamment le chapitre 9). En lisant attentivement mes deux livres, vous auriez pu éviter pareil écueil. Aussi est-ce pour cela que la phrase « Tout cela, nous le savions déjà » a des airs d’antiphrase.

Il est dommage d’écrire un compte-rendu en se fondant sur une lecture aussi sommaire, partielle et donc partiale.

Fadi El Hage

Vous pouvez télécharger mon droit de réponse ici. N’hésitez pas à le diffuser largement.

Publicités